26 - Loudenvielle, 970m - la Transhumance
Accueil Album photo Expos Mon livre Contact Livre d'or Liens Revue de presse Népal
Hendaye - Banyuls, la grande traversée, par Gérard Filoche.
2e partie : Gabas - Les Granges d'Astau
26 - Loudenvielle, 970m - la Transhumance
Extraits du livre.



Le rassemblement ...En ce jour d’exception, ouverture exceptionnelle des paupières à 5 h 30, ce qui ne veut pas dire être réveillés dans nos têtes. L'aube pointe à peine sur les montagnes endormies du Louron. La nuit s'efface lentement comme à regret de ne pouvoir nous accompagner. La journée s'annonce radieuse. J'entrouvre la fenêtre. Dehors, c'est le silence total. Pas la moindre clochette, pas un mouvement. Rien que le vent de la sérénité. Après les préparatifs habituels, à 6 h nous allons déjeuner. Tout était prévu d'avance, vu l'heure très matinale : thermos de café, eau chaude pour le thé, pain confiture etc..., nous ne manquons de rien…

…Le temps des seconds préparatifs et il est 6 h 45 lorsque nous partons avec le jour maintenant bien en place. Toujours pas de clarines tintinnabulantes, dans la vallée. C'est donc que le troupeau est déjà passé. J'espère que nous pourrons faire un peu de stop afin de nous ménager un peu. Ce n'est pas dans les habitudes, mais il faut s'adapter… Le village de Loudenvielle dépassé, nous continuons à un rythme un peu plus rapide. Quelques voitures passent, nous n'avons pas encore le pouce levé ! Au bout d'un bon millier de mètres, nous entendons une camionnette approcher. Allez, cette fois nous essayons. Le véhicule type « trafic » qui s'arrête à notre hauteur, va travailler. L'aimable chauffeur qui le conduit, d'abord étonné de nous rencontrer ainsi, s'interroge sur le pourquoi du stop et nous du comment y aller. Il nous propose de monter à bord, en précisant qu'il ne pourra pas nous mener bien loin. Son chantier est à 2 km. Mais, c'est toujours cela de gagné…

…Encore 1,5 km de goudron avalé, un bruit de voiture se fait entendre... Hop ! Les pouces sont déjà levés ; la voiture rouge s'est arrêtée. Le jeune couple à bord se rend également au Pont de Prat. Francine et moi montons à l'arrière, les sacs à dos sur les genoux…

…Cette fois le troupeau est bien là. Nous descendons de la voiture après avoir chaleureusement remercié le jeune couple. Il reste environ 600 m jusqu'au Pont de Prat que nous parcourons derrière le troupeau, qui est à 150 m devant nous. Nous sommes très étonnés d'être obligés de marcher si vite pour le rattraper. 1200 têtes de bétail, cela trottine très allègrement. A croire que ces braves bêtes ont hâte de retrouver les estives…

…Ce lieu est le fond de la vallée du Louron, au départ des grandes étendues glaciaires, un site très fermé, dominé par des versants très escarpés. L'espace où se retrouvent les troupeaux ne mesure que quelques hectares. Les brebis s'empressent de déguster les premières herbes grasses. En ce lieu sont réunis trois troupeaux qui viennent de différents villages de la vallée. Chacun comptant environ 350 bêtes. En tout, quasiment plus d'un millier. Chaque troupeau a son berger. Pour cette journée exceptionnelle, des amis bergers les accompagnent pour les aider au cheminement dans la montagne. Les plus anciens se joignent également à eux dans une belle amitié. Chacun portant son sac à dos et son inévitable parapluie.

La transhumance Les chiens de berger, fidèles amis des hommes se tiennent aux ordres impérieux de leurs maîtres. Ils sont sagement assis auprès d'eux, mais prêts à agir. Deux races sont majoritairement représentées : le Border-Collie très obéissant et calme, puis le Berger des Pyrénées, obéissant, plus fougueux et turbulent, mais beaucoup plus proche de mon cœur. Je pense à toi, Furette.

Pour se rendre aux estives, brebis, chiens et bergers doivent emprunter dans un premier temps, le petit chemin des Gorges de la Clarabide, jusqu'au refuge de la Soula. Après ce moment de repos, les trois troupeaux partiront dans des directions différentes : un vers le lac de Caillauas, un vers celui de Pouchergues et le dernier restera dans les environs du refuge. Les gorges de Clarabide sont dangereuses par nature. Après une sévère montée en sous-bois, le chemin se poursuit au-dessus du torrent. Récemment, il a été réaménagé afin de le sécuriser. Il y a peu ou pas de talus ou parapet. Il est donc d'autant plus dangereux pour un troupeau de cette importance, car le moindre incident peu provoquer une panique qui se répand comme une traînée de poudre, chez les brebis. Nous débouchons sur le premier plateau, au bout de cette vallée des gorges de la Clarabide.

Devant nous sur le chemin, se déroule un véritable chapelet de brebis, qui se suivent en file indienne, tant le chemin est étroit et bordé d'un précipice vertigineux. Sur ce sentier, une partie des abords est en réaménagement. Les travaux ont été stoppés pour cette journée. De plus, nous sommes un samedi. Pour des questions de sécurité et de tranquillité au passage des brebis, tous les matériaux ont été camouflés. La ferraille cachée, les sacs de ciment bâchés et recouverts de branchages et de fougères. Rien ne doit être anormal sur leur passage. Impressionnant. Le soleil nous accompagne maintenant. Il ferait même chaud. C'est vraiment une superbe vallée…

...C'est donc le moment de faire ma photo du " siècle ". Elle est dans ma tête depuis un moment, avant même cette journée. Le but, faire un cliché à main levée, avec une vitesse suffisamment basse pour que les brebis se transforment en...une pelote de laine. Je m'assois sur une petite pierre perdue dans ces pâturages, prépare mon angle de prise de vue, je me fais le plus discret possible et attends sans mouvements " mes brebis ". Connaissant leur inquiétude permanente, elles vont s'apercevoir que quelque chose d'étrange est dans leur espace vital et donc, je ne veux surtout pas les effrayer et créer des problèmes.

Elles sont tout proches, les premières ne sont qu'à deux mètres. Comme prévu, le troupeau se scinde en deux afin d'éviter l'obstacle, Elles sont maintenant tout autour de moi, les premières ont refermé la boucle. Je suis brebis. Le gros du troupeau est à venir. C'est le moment. L'appareil est prêt, vitesse, diaphragme, mise au point, pellicule neuve. Je lève très discrètement la tête, vise dans l'angle prévu et appuie sur le déclencheur…

…C'est bientôt le début du repas. Le gardien prépare activement le feu pour les grillades. En admirant la dimension des grilles verticales et les plats chargés de côtelettes et morceaux choisis de...mouton, nous pensons qu'il va y avoir de quoi nourrir un régiment…

…L'excellent guitariste joue et chante les mélodies des Pyrénées. Il est accompagné en chœur par plusieurs compagnons. J'aime cette communion confraternelle.

Les assiettes à peine vide, se remplissent aussitôt. Les plats de mouton à rôtir arrivent toujours. C'est peut être pour cela que les brebis se cachent un peu sur les hauteurs !!

La fête La table de nos bergers n'est qu'une seule voix. Ils chantent, parlent, ils sont heureux. Cela fait plaisir à voir. Je m'assois sur les marches du refuge et j'écoute, regarde, pour graver en ma mémoire ces moments de bonheur.

Les bancs s'éclaircissent un peu en fin de repas. Pendant une des pauses de ces chants traditionnels, nous en profitons pour parler quelques minutes avec ces hommes de la montagne. Mais bien vite, le tempo des chants reprend, notre berger s'en va illico presto rejoindre ses compagnons et reprendre à l'unisson :

- Montagnes Pyrénéeeeeees, vous êtes mes Amours.......

.......Oh, Montagnard, toi qui veille, toujooouurs........

Je suis complètement bouleversé, le corps traversé d'ondes enchanteresses. Je n'ose pas bouger de peur que cela s'arrête à tout jamais. Malheureusement, nous devons redescendre dans la vallée, avec grands regrets…Un dernier regard sur cet espace exceptionnel, les oreilles encore remplies de toute cette ambiance festive, la mémoire gravée à jamais du bonheur d'un jour ; pour toujours.




L'ensemble du site, textes et photos, sont la propriété de © Gérard Filoche