44 - Refuge du Rulhe, 2185 m – Mérens, 1050 m
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Hendaye - Banyuls, la grande traversée, par Gérard Filoche.
3e partie : Les Granges d'Astau - Mérens
44 - Refuge du Rulhe, 2185 m – Mérens, 1050 m    
Extraits du livre.

Dénivelé + 440 m. Dénivelé – 1389 m. 17 km

Le dernier jour en Ariège

Rulhe ...Le violent orage de la nuit a laissé derrière lui comme un arrière goût d'amertume. Versant nord, malgré un ciel étoilé, la montagne laisse entrevoir des sommets enveloppés dans un manteau vaporeux, c'est notre future direction. La large vallée du pic de Rulhe quant à elle se fait remarquer par une somptueuse mer de nuages, qui inondés du soleil levant se parent de mille couleurs allant du rouge écarlate au jaune d'or. C'est féerique et mérite bien quelques photos…

…Il est 9 h et nous sommes prêts, ou presque. Toutes les personnes présentes vont randonner dans les environs et reviennent ce soir ici même. Pour rallier Mérens, hormis nous quatre, pour le moment seuls deux autres randonneurs prennent cette direction. Je remercie le gardien et lui demande la météo de la journée…

"Surtout faites attention dans la grosse zone d'éboulis car la pluie rend les rochers glissants."

Nous voilà prévenus. La température de 8° nous saisit d'autant que le vent accentue l'impression de fraîcheur. Une petite laine n'est pas de trop.

Lhasse L'étape n'est pas d'une longueur hors norme, mais, le col de la Lhasse à 2439 m est là pour nous rappeler qu'avant le repos, il y aura l'effort et quel effort…Devant nos regards, à l'horizon un peu embrumés, j'ai bien du mal à deviner le trajet que nous allons emprunter. La combe où nous nous trouvons est entourée de versants abrupts, et la seule possibilité doit être cette haute, bien haute crête…

…La montée au col est notée d'un temps de 2 h. Sans nul doute que nous ferons un peu plus, mais cette indication de temps comme son nom l'indique n'est qu'une estimation, alors…Alors oui, mais avant d'atteindre ce dernier col, un chemin chargé d'embûches nous attend. Et quelle galère !! Si le gardien nous a bien indiqué les éboulis, nous ne nous attendions pas à un tel tohu-bohu. Un véritable effondrement d'une partie de la montagne, un chaos indescriptible, et le sentier est là dedans !!! Très vite la gymnastique imposée oblige à une grande prudence, moins pour l'humidité des pierres de granit, que pour leur probante instabilité. Certaines font pivot et l'équilibre est mis à mal. Certains de ces blocs frôlent le mètre cube, les enjambées pour y accéder sont autant d'efforts qui incitent à une vigilance accrue…

…La pause n'est que de courte durée, les rochers reprenant leur danse infernale juste après l'étang bleu. Aujourd'hui, cet étang n'a que le nom de bleu. Le brouillard joue à cache-cache autour de nous, tantôt, il nous absorbe brutalement pour se déchirer quelques minutes plus tard, parfois, il flotte en lambeaux sur des zones plus humides. Le paysage ressemble à des estampes japonaises. Tout est empli d'une douce lumière tamisée par de légers nuages. Le soleil forme un halo très caractéristique, l'atmosphère y est particulière…

…La pente s'accentue, le chemin raviné et humide oblige encore à la prudence, le col n'est pas loin. J'aperçois le panneau indiquant le point le plus haut. Encore quelques respirations, et enfin, je suis sur le toit du monde…Non, je m'égare un peu, il faut relativiser.

Le paysage est complètement ouvert sur une gigantesque mer de nuage. Seuls émergent les sommets des Pyrénées Orientales. Là où nous allons, il faudra inévitablement nous couvrir de nos vêtements de pluie, car c'est bien bouché. Le mauvais temps doit régner sous cette couche nuageuse. Brrr !!...

…Il est midi, mais il n'est pas question de déjeuner ici en plein vent, tout juste un petit encas et encore…Nous continuons brièvement sur la crête balayée par les rafales de vent. Le sentier perd brutalement le nord pour effectuer un brusque crochet plein sud, et revenir sur son axe initial, autrement dit plus simplement, il descend en lacets. Dans quelques minutes, nous serons dans le nuage. Les premières nappes circulent autour de nous, et inexorablement nous quittons le temps relativement sec pour pénétrer dans l'univers de la fée Mélusine.

La bruine est légère et les gouttes d'eau se posent sans bruit. De légère, elle devient tenace, nous n'avons plus de choix que de descendre le plus prudemment et rapidement possible pour passer sous le nuage. Le chemin est bien mouillé, les gouttes n'étant pas assez lourdes, la végétation est recouverte d'un manteau orné d'une somptueuse parure de perles…

…C'est une fuite effrénée pour atteindre au moins le sentier qui rejoint Mérens et le fond de la vallée. Impossible de savoir pour combien de temps encore, nous entendons bien quelques voix, sans doute sommes nous bientôt arrivés sur un terrain plat…Un semblant d'éclaircie permet de distinguer le fond de la vallée, nous y sommes presque. Des panneaux indiquant l'Estagnol du Comte sont visibles, c'est un petit lac plus en amont dans la vallée. Encore une poignée de secondes…

…Il est pratiquement 14 h 30. Maintenant que nous sommes sous le nuage, il pleut vraiment. Il est temps de chercher un abri pour une pause bien méritée…

…Nous parvenons à un magnifique pont des Pierres ainsi nommé, car comme celui des étangs de Bassiès, il est conçu de telle sorte que toutes les roches sont placées horizontalement sur une traverse de granit. Le fond de la vallée se devine, mais les 1389 m ne sont pas terminés pour autant. Nous dévalons littéralement un vieux chemin empierré jusqu'à une petite route. Un dernier petit sentier, et les premières maisons de Mérens apparaissent.

Mérens, terminus. Quel bonheur d'être arrivés. Il est 16 h. Le gîte est très agréable et coquet.

Un bien agréable repas en compagnie d'un couple de Hollandais en balade dans notre beau pays, comme ils disent…




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