36 - Aunac, 766 m – Bidous, 752 m
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Hendaye - Banyuls, la grande traversée, par Gérard Filoche.
3e partie : Les Granges d'Astau - Mérens
36 - Aunac, 766 m – Bidous, 752 m
Extraits du livre.

Dénivelé + 844 m. Dénivelé - 800 m. 10 km

Aunac ...Après sa colère de la nuit, le temps semble s'être calmé et revient à de meilleures intentions. Des lambeaux de nuages s'accrochent obstinément à une montagne qui ne veut plus se cacher la face. Chez nous, certain s'accroche désespérément à leur lit pour repousser quelques minutes de plus, un réveil pourtant inexorable. Il est 6 h 30, c'est toujours bien tôt me direz-vous, mais par ce temps changeant, il vaut mieux partir de bonne heure. Les grondements et autres vociférations météorologiques risquent de semer le trouble dans notre univers enchifrené, avant que nous ayons eu le temps d'arriver à bon port..

…L'étape est relativement courte, mais nous sommes dans les premières vallées très encaissées. A cet endroit, le GR10 entame une boucle difficile dans les montagnes ariégeoises. Il passe au pied du mont Valier, montagne emblème des lieux, pour rejoindre Couflens après bien des dénivelés et un méchant détour. C'est un choix, mais nous ne ferons pas ce parcours, je préfère le quitter et rejoindre directement Couflens. Ce n'est pas mes compagnons qui vont me contredire…Avant de partir, un superbe lever de soleil rougeoyant et embrumé laisse sans voix, tellement le cliché est merveilleux. Ah, ces petits matins ! Il serait idéal qu'ils puissent durer toute la journée. Rêve utopique…

…Le GR qui dévale la montagne d'un côté pour remonter de l'autre ; oui, c'est par là que nous allons. Nous voilà dans ce creux, bien impressionnés par la pente qui se laisser deviner, sans vraiment voir plus loin que ces arbres tout là-haut. Les chaussures bien lacées, les sacs à dos bien équilibrés, les pulls rangés car cela va chauffer rapidement, et un grand soupir plus tard, nous entamons directement la montée. Pas de préambules, ni de chichis, bille en tête, il faut attaquer l'ascension de ce col qui nous conduira au col de la Serre du Cot à 1546 m. 884 m de dénivelé sans échauffement, la journée s'annonce sévère au moins au départ, la suite nous ne la connaissons pas encore.

Dans cette forêt très serrée le jour semble repartir. Les arbres forment un écran incroyable. On pourrait croire en celle de Blanche-Neige et voir apparaître un ours au détour d'un gros tronc. Je ne vous en avais pas encore beaucoup parlé, mais nous sommes sur l'un des territoires de l'ours. Vaste débat, trés très partagé, et à entreprendre avec beaucoup de prudence…entre les antis et les pros, car personne ne reste indifférent. J'aurai l'occasion de vous en reparler…plus loin. Quelques 45 minutes plus tard, nous parvenons à Rouze, hameau où le gîte d'étape permet de rallier la vallée par le tronçon du GR10 que nous ne suivrons pas. 9 h pour venir d'Aunac jusqu'ici par le col de Pause sans hébergement, dure étape…

Aunac …Nous dépassons les quelques maisons et nous nous rendons compte rapidement que la plaisanterie a assez duré. Le chemin emprunte le lit d'un ancien ruisseau, rocailleux à souhait, raviné, branchu et très pentu. Je n'avais pas d'équerre sur moi, mais aidés de nos bâtons, nous estimons que le pourcentage frôle les 40 %. Deux passages de ce type vont nous occuper pendant un bon moment. Dans cette ascension classée hors catégorie, le peloton a vite éclaté. Les grimpeurs ont maintenu leur rythme sur un braquet impressionnant, les autres se contentant de rester groupés dans un train de sénateur, voire même d'omnibus à l'occasion. Le principal étant de ne pas arriver hors délais.

Les forêts sont surtout composées de splendides hêtres. Très puissants, bien équilibrés, ils ont une vaste ramure mais des assisses souvent instables du fait d'un terrain très pentu. Elles courent ainsi en majeure partie à l'air libre gardant leurs structures principales dans un sol protecteur et fertile…

…Et voilà, le col de la Serre de Clot est atteint à 1546 m. Il est midi et des poussières, c'est le contrôle de ravitaillement. En nous attendant, Michel bulle au soleil comme d'habitude, Gérard lui cherche des champignons. Cette fois, le panorama reflète surtout une évidence : la forêt est omniprésente sur la majeure partie des montagnes ariégeoises et monte très haut en altitude. Avec des vallées très encaissées, les accès sont laborieux et les montées…difficiles.

Le vent léger joue un rôle de maestro prodigieux. Il agite les hautes branches de ces hêtres magnifiques pour nous faire entendre un adagio envoûtant.

Une musique d'une infinie douceur se dégage alors. J'ai le sentiment profond que la forêt manifeste sa présence à sa façon. A nous de capter ses messages, elle respire, parle, chante, vit. Les arbres sont les musiciens de la vie.

Le chemin se poursuit jusqu'à Bidous. Petit village, avec son commerce multi choix, fermé pour le moment, il n'ouvre qu'à 15 h 30. Il va falloir se décarcasser pour les produits frais. Revenir plus tard ?...

…Nous dînons en extérieur, une immense table est disposée sur la terrasse. Un groupe constitué en occupe une grande partie. Les plats passent et repassent dans un bel élan de solidarité, comme le traditionnel débarrassage de table.

Et voilà, la nuit entreprend avec douceur mais fermeté, de chasser ce jour qui nous a amicalement escortés. Demain, il prendra sa revanche, en nous accompagnant, je l'espère, avec complicité vers notre future étape.




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