37 - Bidous, 752 m – Aulus, 750 m
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Hendaye - Banyuls, la grande traversée, par Gérard Filoche.
3e partie : Les Granges d'Astau - Mérens
37 - Bidous, 752 m – Aulus, 750 m
Extraits du livre.

Dénivelé + 866 m. Dénivelé - 868 m. 10 km

Guzet ...Le feu d'artifice qui eut lieu cette nuit - pourquoi ?, nous ne le saurons pas - n'a pas empêché un sommeil relativement correct, même si le bruit agréable de la rivière toute proche passant par la fenêtre grande ouverte, n'était pas à priori un élément favorable. Nous voilà donc debout, prêts, enfin presque, reste le petit déjeuner, le lavage des dents, le rangement des espadrilles, la descente des sacs, et le laçage des chaussures. Commençons par le début, le p'tit dèj. L'heure prévue est 7 h 45. Ce n'est pas trop tôt et même un peu tard, j'espérais avant, mais...

- It's not possible (En anglais dans le texte) Bon ! Il faut se faire une raison. Hier soir, j'ai appris que le groupe partait de relative bonne heure, (vers 8 h 15) ce matin. Comme il est là pour une semaine, les privilèges sont évidents. Il est autorisé à prendre table à 7 h 30. Je pense que c'est pour une question d'organisation. Allez, je retourne au charbon pour une renégociation bilatérale des partenaires sociaux.

Eh bien voilà, les accords sont conclus avec une dose de bonne volonté. Merci aux protagonistes pour cette entente cordiale…

…L'objectif du jour : Aulus les Bains ville étape et de repos. Auparavant bien sûr, les cols de Fitté et d'Escot à 1546 m pour ce dernier et la station de Guzet Neige. Nous longeons à nouveau la rivière aux clapotis perpétuels. En bifurquant vers le S.S.E, le sentier doit nous faire rattraper le GR…plus haut à quelques minutes de là. Le chemin engage une débonnaire ascension. De belles granges sont dans une petite percée d'arbres. Derniers lieux paisibles, où nous pouvons reprendre notre souffle, mais où des moustiques belliqueux en profitent pour nous attaquer. Puis nous entamons brusquement la montée. Oui, alors là encore, le terme " montée " est un euphémisme, imaginez plutôt un " mur ". Si j'emploie ce mot extrême en de pareilles circonstances, c'est vraiment le mot qui nous est venu à l'esprit. Au cours de notre marche, c'est bien la première fois où la pente est si impressionnante. Ridicule la descente de l'année dernière au Mont Pelat, dérisoire le court passage du Pas de l'Osque en Béarn, là il faut se pincer, aïe ! C'est bien un mur.

Combien de temps et sur quelle distance va-t-il durer ? Mystères et boules de gomme…Francine, d'un sourire moqueur me demande si c'est le bon chemin, s'il y a un ascenseur, et patati et patata…

Ah, c'est drôle !

Guzet Le col se devine, timidement, mais sûrement. Nous terminons lentement cette très rude montée. Une pause sera la bienvenue. Nous sommes à environ 1500 m. Nous y voilà enfin sur ce col qui est en fait un premier faux col avant le vrai de vrai. Nous sommes sur un plateau à découvert, les arbres sont derrière nous. Quel panorama ! Du Mont Valier aux petits bâtiments de Guzet Neige. Tout un pan de l'Ariège en 360°. Et ce soleil !

Vu de cet endroit, l'Ariège se décline en un territoire dont les eaux se heurtent à tant de reliefs qu'elles se déversent pour partie dans l'Atlantique et pour partie dans la Méditerranée. Nulle part ailleurs, les Pyrénées n'atteignent une géologie aussi impressionnante…

…Les forces revenues, un peu de carburant dans le moteur, il faut bien repartir. Le temps de vérifier la carte, me voilà 150 m en arrière de mes compagnons qui sont malgré tout en point de mire. Sur ce chemin où nos chaussures laissent des empreintes bien nettes dans le sol meuble, il est donc prudent de regarder au plus près ses points d'appui.

Je distingue nettement les pas de mes compagnons quand soudain, parmi celles-ci, d'autres complètements différents apparaissent sur quelques mètres. Je fais très attention à ne pas les détruire me retourne pour visualiser l'endroit où les premières arrivent sur le chemin en amont et voit nettement où elles se perdent en aval. Sur 10 mètres, des empreintes énormes. Bon alors, des empreintes de quoi, vous dites vous ? Eh bien, je suis persuadé qu'un ours est passé par là il y a peu. Ce ne peut être un patou. Ces marques sont bien plus larges qu'une main ouverte, cinq doigts avec ongles bien marqués ce qui me confirme dans mes espérances car le chien n'en a que quatre. J'ai le cœur qui cogne fort, non par frousse, mais à la vue de ces marques qui sont sans doute celles d'un symbole bien contreversé dans ce massif. Un dernier regard dans les fourrés en contre bas, peut être n'est il pas loin cet animal, mon appareil photo est prêt, on ne sait jamais, quelques pas feutrés comme pour lui signifier que je ne veux pas le déranger et je quitte très ému mon espace d'évasion.

Je rejoins mes compagnons qui sont au col d'Escot à 1618 m. Je leur fais part de mes découvertes, ils semblent incrédules, presque septiques, mais ne veulent pas retourner voir.

Au fond de moi même, je resterai avec ma conviction personnelle que je n'aurai pas vu l'ours, mais ses empreintes…

…Il est temps de se remettre en route, Aulus n'est qu'à 2 h 30 - 3 h. Le GR est juste là. Direction S.E. Pendant un bref moment, il plonge vers le bas du vallon puis ondule pour rejoindre le fond du cirque de Casiérens. Encore une fois, je vais me répéter, mais ce sentier en suspension parmi les bruyères et les rhododendrons est de toute beauté. Une magnifique balade sauvage dans un des bouts du monde. Le ruisseau du Fouillet est atteint. Il marque un changement de direction radical plein nord. De toute façon nous n'avons pas le choix, il n'y a pas d'autres issues possibles. Nous allons suivre ce torrent jusqu'à Aulus. Quelques passages nuageux annonciateurs d'une éventuelle averse se font remarquer, pour l'instant rien de méchant, juste à surveiller du coin de l'oeil. Tous les ingrédients sont réunis pour notre plus grand plaisir : le chant du torrent, celui des oiseaux, les fleurs multicolores où papillons et abeilles s'enivrent d'un précieux nectar, le paysage, la joie d'être là. Une fine pluie tombe et pourtant il fait toujours soleil. Elle est si fine et légère qu'elle tombe sans bruit, comme pour ne pas déranger cet univers de tranquillité. Elle irise tout le ciel, c'est somptueux. Encore un grand merci à Dame Nature pour ces instants de bonheur intense. Près de la superbe cascade du Fouillet, le chemin poursuit sa descente sinueuse. La jasse du même nom (terme donné à une vaste pâture d'estive), offre un espace verdoyant qui côtoie le beau torrent.

Aulus les Bains, étape du jour, jour de repos, repos mérité. Nous sommes très bien installés dans un ancien presbytère, d'où le nom. Le peu de monde présent nous permet d'avoir toutes les literies pour nous. Une pour chacun suffira, la fenêtre donne sur le village et bien sûr, les montagnes. Nous avons récupéré nos sacs, mais avant toute chose, une bonne p'tite mousse, tradition oblige !! Pour cela, nous nous installons sous la treille située dans la cour. Il y fait bien bon, c'est très agréable et relaxant.

Notre gardien nous sert de délicieuses paupiettes - riz. Décidément aujourd'hui, c'est festin, mais apprécions à leur juste valeur ces instants de franche convivialité.




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