45 - Mérens, 1060 m - Le refuge des Bésines, 2104 m
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Hendaye - Banyuls, la grande traversée, par Gérard Filoche.
4e partie : Mérens - Banyuls
    45 - Mérens, 1060 m - Le refuge des Bésines, 2104 m
Extraits du livre.

Dénivelé + 1273 m. Dénivelé – 229 m. 10 km.

Le jour d'après celui d'avant

...Voilà ! Il est 6 h 45 en ce nouveau jour. Dans la chambre à la fenêtre entrebâaaaaillée, tout le monde, où presque est réveillé. Si les yeux n'ont pas encore leur ouverture maximum, au moins le terme éveillé est plus approprié pour certains. (Comme de coutume, je ne citerai pas de noms). Par cette fameuse fenêtre, nous apercevons la montagne encore encapuchonnée de son manteau laineux comme pour préserver la pureté d'un ciel bleu qui se cache au dessus. Les brumes du voyage quant à elles, se sont estompées timidement pour laisser place à une ferveur toute relative. C'est un grand jour, un de plus me direz-vous, mais celui ci à la saveur particulière de nous emmener à l'ultime bout du chemin, à 16 jours d'ici, au bout des rêves. L'étape du jour est assez courte et les 5 h 30 annoncées seront bien suffisantes pour un début. Surtout que le dénivelé d'environ 1300 m est là pour tempérer toute tentative d'échappée. Alors pianissimo ! Que va piano va lontano....

…Les bâtons sont réglés, les chaussures bien lacées, nous sommes parés pour ces premiers pas. Ah, ces premières enjambées, toujours un instant particulier rempli d'émotion ! A nous la Grande Bleue, dans...384 heures. Le GR est bien déjà balisé. Au premier panneau, l'inscription " Refuge des Bésines 5 h 30 " ne fait que nous confirmer que nous sommes bel et bien sur le bon chemin. Les muscles sont encore froids et dans le chemin qui s'élève pourtant doucement, l'occasion nous est donnée de comprendre qu'il va falloir crapahuter, transpirer à grosses gouttes, en baver quoi, pour parvenir à notre but…

...La végétation luxuriante va bien nous aider dans cette tâche, les fleurs de toutes espèces rivalisent de beauté en ce mois de juin. Un véritable feu d'artifice de couleurs et de parfums ! Vous avez là ces plantes aussi rares que somptueuses que sont les lys jaunes des Pyrénées, fleurs endémiques rappelons-le ; les anémones jaunes, les pensées magenta, les roses sauvages, les petits œillets aux délicates frisures, le jaune genet d'Espagne, sans oublier le géranium sauvage, toutes ces plantes nous offrent un défilé de haute couture. Nous ne sommes que dans la moyenne montagne, à découvert sur ce versant soulane cheminant. La forêt ne débute qu'un peu plus haut, mais quel bonheur cet environnement !...

…Le joli bois que nous traversons nous conduit à une deuxième clairière. Jusqu'à présent, l'aspect bucolique des lieux et un chemin horizontal rendaient l'humeur guillerette et décontractée. A partir de maintenant, le col nous propose ses premières pentes sérieuses. Tôt ou tard, il faut bien en venir à cette évidence, le col, c'est en haut, et bien haut ! Résultat, les conversations se calment, la concentration s'affirme, l'effort est soutenu.

Là-haut, dans une atmosphère paisible, les dernières brumes s’effacent lentement de la cime des arbres, laissant apparaître un soleil qui s’annonce généreux.

Lys jaune Le sentier s'engage sur la rive droite du ruisseau nommé : Nabre. Au fond de la vallée que nous distinguons nettement, la montagne barre tout l'espace…

…La chaleur revenue et l'absence de vent contribuent à augmenter la difficulté de cette montée. Puisqu'il faut y aller, allons-y ! Direction la Porteille des Bésines, 501 m plus haut. Nous arrivons en vue du petit lac d'Estagnas à 2056 m…

…Nous contournons le lac par l'ouest. Nous découvrons les premiers et superbes massifs de rhododendrons en pleine floraison. Le col, là haut, semble provoquant, patience...Inutile d'en décrire plus sur la lente montée, vous pouvez imaginer notre effort. Les marches du terrain cassent un peu les jambes et les bâtons ne sont pas de trop…

…Il est 14 h 30, nous sommes au point culminant de cette première journée, la Porteille des Bésines à 2333 m d'altitude. Pas mal, pour une entrée en matière, plutôt musclée. Le vent du sud souffle fort, normal sur un col, il décoiffe fortement…

…Devant nous, le Puig Pedros et ses 2642 m domine majestueusement la vallée. Le refuge des Bésines que nous pouvons apercevoir en nous penchant un peu, mais pas trop, n'est qu'à 45 minutes de descente, 3 fois rien en somme, comme la pause…

…Nous voilà donc plus tard. Le soleil encore bien haut en ce mois de juin, laisse pourtant entrevoir une lente perte de luminosité. Il est l'heure de rejoindre notre hébergement du jour…

…Nous sommes arrivés. Pas de trompette, ni de tambour, encore moins de fanfare, mais un accueil ponctué d'un braiement de l'âne coursier du refuge. Le mot de bienvenue de la gardienne des lieux, en tablier de cuisine car elle concocte le repas de ce soir, est une de ces petites choses inestimables. Juste quelques paroles amicales, mais qui font comprendre que la montagne se partage cordialement…

… Entre maintenant et plus tard le dîner se succèdent : les douches revigorantes, les lessives récurantes et récurrentes, l'importante remise en ordre des sacs et une petite période de repos relaxante. 19 h, l'heure où nous nous retrouvons dans la salle commune. Les groupes sont déjà là, cela s'entend bien. D'une façon générale, nous préférons partager le repas à la table d'autres randonneurs, cela permet un échange d'idées, raconter, écouter, partager, mais ce soir, il faudra faire avec car nous sommes seuls autour d'une table de quatre...

…Bon, allez, nous avons sommeil, un peu de crème sur mes bras qui ont bien grillé sous le soleil et gonflé sous les dards des mosquitos et bonne nuit, à demain si vous le voulez bien...




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