55 - Mariailles, - 1718 m - Les Cortalets, 2150 m
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Hendaye - Banyuls, la grande traversée, par Gérard Filoche.
4e partie : Mérens - Banyuls
55 - Mariailles, - 1718 m - Les Cortalets, 2150 m
Extraits du livre.

Dénivelé + 1066 m. Dénivelé - 634 m. 15 km

Après le Canigou

Canigou ...Voilà des jours que nous l'avons en point de mire, qu'il nous nargue, nous attire, se cache, mais nous attend. Le Canigou, montagne sacrée des Catalans est au bout de notre chemin d'aujourd'hui. Certes, ce n'est pas le Mont Blanc avec ses 4807 m, ni l'Everest à 8848 m, c'est Le Canigou. Une étape d'exception qui nous emmène de l'autre coté de son versant, au refuge des Cortalets.

Il eut été dommage que le beau temps si complaisant avec nous depuis Hendaye, nous fasse faux bond en ce jour tant attendu. Mais non, il nous exauce, nous accompagne dans nos rêves, il est dans nos cœurs, il est en nous. Dans une ambiance feutrée, les préparatifs vont bon train. Les sacs plastique se font discrets, les paroles rares…

…Nous remercions chaleureusement comme il se doit Marie Josée pour son accueil, qui en cette soirée particulière, nous dit avoir éprouvé beaucoup de joie de pouvoir converser de la sorte. Les moments de distraction sont rares. Rendons un hommage appuyé à ces Saint-Bernard de la montagne. Hip, hip, hip, hourra ! Merci pour eux.

Nous quittons ce superbe site de Mariailles. Les pâturages sont généreux pour toutes les bêtes en transhumance. Sous un ciel céruléen, le refuge pastoral perché au sommet du col se laisse aisément photographier…

…Le sentier boisé s'oriente plein sud, il suit la courbe de niveau, franchit le torrent de la Llipodère (avec deux l) puis monte vers l'est dans une forêt de résineux. C'est une journée comme je les aime, limpide, tranquille. Un sentier merveilleux où les fleurs concourent à nous offrir un parterre aux multiples variétés et coloris d'une incroyable beauté, guide nos pas.

Après une succession de ravins, le chemin qui poursuit son corso fleuri grimpe vers le Nord Est jusqu'au col Vert. Le petit ruisseau situé en contrebas se nomme le Cady, nous le franchissons à gué, un peu plus loin. Maintenant, direction Nord Ouest, de quoi perdre le nord avec tous ces changements de cap, enfin, cela permet de bronzer sur toutes les coutures !

Voilà, la fameuse bifurcation du GR10 et de la HRP. Le GR s'en va par le col de Ségalés pour rejoindre les Cortalets dans 4 h 55. La HRP, passe par le sommet du Canigou et descend directement au refuge, certes la distance et le temps sont plus courts, mais son point culminant à 2784 m d’altitude sera à franchir. L'élément déterminant de l'ascension, à savoir le beau temps, nous offre toutes les garanties pour les heures à venir, notre hésitation se brûle rapidement comme les fagots du feu de la Saint Jean…

…Nous faisons une halte " reprise de force " au petit refuge Arago, du nom du physicien, astronome et du boulevard parisien, ce qui en fait n'a peut être aucun rapport, à moins que..., attendez, je cherche... Oui, je pense que toutes les raisons, ou au moins une, sont réunies pour nous informer que le nom de ce refuge n'est pas le fruit du hasard. François Arago est bien né dans un petit village des Pyrénées-Orientales se nommant Estagel…

…A nous le Canigou, dans 2 heures... Pour le moment, il se cache encore, le coquet, mais au fond de la vallée, nous le découvrirons. C'est une large combe glaciaire, parcourue par un ruisseau aux tonalités champêtres. La végétation, à cette altitude a laissé les pelouses rases et les fleurs colorées tapisser un espace pierreux, seul le soleil rivalise en apportant sa touche indispensable à l'équilibre colorimétrique. Arrivés au fond de la vallée, nous découvrons enfin, notre objectif. Jusqu'ici, tout était tranquille sur ce superbe sentier relativement plat, mais là, gloup !, il fallait s'en douter, un sommet, c'est en haut !!!!... Le sommet est bien visible et bien lointain, mais nous commençons à savoir que les perspectives ne sont pas les mêmes que sur le plat, Nous pouvons suivre du regard le parcours qui nous attend. Les yeux zigzaguent dans les circonvolutions de la pente et se perdent au pied de la barre rocheuse qui marque le début de la fameuse cheminée du Canigou. Plus haut, bien plus haut, c'est à peine si l'on distingue la croix marquant le sommet. Bon, eh bien, continuons...

…Nous apercevons autour de la croix du sommet des petites silhouettes. Nous, nous ne sommes pas encore arrivés, mais presque, cependant, le plus dur reste peut être à faire. Nous continuons ensemble à travers un chaos plus que périlleux. Allons-y doucement, nous avons le temps. Le sentier passe et repasse dans des éboulis instables, des pierres croulantes et des rochers si imposants qu'il faut les contourner. Nous arrivons à la Brêche Durier, un petit col rocheux coincé entre deux falaises. Un petit coup d'œil, oula, l'abîme est impressionnant.

Et là, maintenant devant nous, la cheminée du Canigou. Saperlipopette ! Quelle muraille ! Le chemin y mène et s'y perd dans un énorme escalier de géant. Dans les éboulis, la pente se redresse brusquement, nous touchons les premières pierres de la main. Oui, à n'en pas douter, il va falloir grimper avec les deux mains. Avant d'entamer la bataille, faisons une revue de détail de nos paquetages. Je vais garder mon appareil, je prendrai au moins un cliché vu d'en haut, et mes bâtons dans une main, je n'ai pas envie de retirer mon sac. Il faut prêter beaucoup d'attention, le passage est très délicat, en raison de la pente très raide, des petites marches qui sont justes grandes pour y poser un pied, de la qualité de la roche assez médiocre et surtout au poids du sac qui a tendance à nous tirer en arrière. La largeur de la cheminée doit avoisiner la trentaine de mètres sur une hauteur d'environ 150 mètres pour arriver au sommet.

Canigou Nous entamons prudemment la montée, il faut trouver les bons points d'appuis et lever le nez de temps en temps pour anticiper les prochains mouvements. C'est stressant. Pour prendre la photo, je suis obligé de chercher un rocher à l'espace plus large, car mon sac à dos va frotter en me retournant vers le vide. Voilà, j'en tiens un qui semble adéquat. Je me cale le dos, pose délicatement les bâtons et prend la photo en tenant fermement le boîtier. Dans le viseur, la perspective est impressionnante, mais j'ai tout le paysage en fond, la cheminée, Francine et Gérard. La photo ne sera sans doute pas un chef d'œuvre du genre, mais elle immortalisera la situation du moment.

Encore une cinquantaine de mètres à grimper, le passage se fait maintenant entre deux masses rocheuses beaucoup plus étroites, nous pouvons voir la croix du sommet. Allez, encore un effort, et nous prenons pied sur les 2784 m. Il est 12 h 30…

…Une petite heure plus tard, nous plions bagages pour notre descente vers le refuge. . Le Pic Joffre à 2362 m est le dernier petit col dans la foulée de la descente, c'est dire s'il passe inaperçu, puis le chemin s'oriente brusquement à l'Est vers notre refuge…

…Il est 16 h, nous arrivons au terme de cette magnifique journée, une de plus. Notre refuge est là. C'est un solide bâtiment situé sur un petit col bien nommé comme il se doit " le Ras des Cortalets "…

…Voilà une nuit qui s'annonce rêveuse et frisquette. Les lumières de la plaine offrent un coup d'œil extraordinaire depuis notre petit belvédère lové dans la forêt.




L'ensemble du site, textes et photos, sont la propriété de © Gérard Filoche