59 - Las Illas, 550 m - Col de l'Ouillat, 936 m
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Hendaye - Banyuls, la grande traversée, par Gérard Filoche.
4e partie : Mérens - Banyuls
59 - Las Illas, 550 m - Col de l'Ouillat, 936 m
Extraits du livre.

Dénivelé 850 m. Dénivelé - 477 m. 22 km

L'avant dernier jour

Albères ...Aujourd'hui, c'est une grande étape surtout par sa longueur. Finis les petits matins frais où la petite laine était de mise, même ici et à 7 h 30, la température a déjà grimpé haut sur l'échelle des valeurs. Il faut s'attendre au pire : à l'étuve, à la canicule, ou à la fournaise, que sais-je encore, mais pas d'autres choix que d'affronter cette météo. Les gourdes sont remplies à ras bord, on ne sait jamais. Au moins deux litres chacun, d'eau évidemment. A notre auberge d'hier soir, nous avons pris notre collation, ce qui fait qu'à 8 h 45, nous sommes frais et dispos, enfin dispos sûrement, frais c'est à voir…

…A priori, d'après tout ce que j'ai pu noter, au classement général, notre journée ne sera pas dans le trio de tête, mais il faut se faire une raison, tout n'est pas conçu à l'idéal. Néanmoins, deux faits marquants sont à signaler. Tout d'abord, au kilomètre 14, juste après le contrôle de ravitaillement, le passage du col du Perthus à 290 m et la frontière à proximité. Nous pouvons craindre, comme au départ d'Hendaye, en passant au col Ibardin, le flot de personnes et de voitures se fournissant en produits espagnols, et ensuite notre gîte refuge, auberge de ce soir se situe au col d'Ouillat à 936 m sur les montagnes de l'Albère, total de cette montée : 646 mètres, voilà une fin de journée qui s'annonce encore délicate…

…Nous quittons donc ce petit village bien tranquille pour emprunter un bout de route puis une piste forestière aussi large que poussiéreuse. Le GR suit la frontière espagnole quasiment tout au long de l'itinéraire, si bien que nous rencontrons fréquemment les bornes marquant une ligne imaginaire car, il n'y a pas d'autres matérialisations. Nous pouvons aisément passer en Espagne sans nous en rendre compte. Buenos dias amigo...

Le col du Figuier à 685 m d’altitude n'est qu'un aimable plateau aride où seule une végétation d'épineux donne un peu de couleur à une terre desséchée. Dans cet espace, nos apercevons une maison qui ressemble plus à une petite ferme. Au pied d'un gros chêne liège, une fontaine de forme carrée, toute en pierre, nous attire par sa fraîcheur, mais stop là, ne pas boire, elle ne semble pas apporter toute les garanties sanitaires désirées au dossier du protocole de la direction départementale des affaires nettes et claires, pages 2, 3, 4 à 29, alinéas : 36 et 37 du paragraphe 17…

…Le chemin serpente, ondule, descend, monte, nous marchons simplement, méthodiquement, mécaniquement, rien de particulier à signaler si ce n'est au col Del Priorat la borne frontière n° 565. Le soleil accentue l’ardeur de ses rayons, l'air devient très pesant, la terre renvoie des bouffées de chaleur à faire fondre toute graisse superflue, une véritable poudrière vous dis-je ! Pour rejoindre le col du Perthus, deux itinéraires s'offrent à nous, mais je préfère rester sur le balisage qui de plus est sous abri, pour le moment. Cette fois, aucune ambiguïté possible, les panneaux nous informent clairement que ce chemin entre dans une propriété privée avec interdiction d'y pénétrer sauf...pour les randonneurs. Nous saluons les personnes présentes sur le perron de leur maison, merci à eux de nous accorder le passage.

Gite Il fait vraiment très chaud, trop chaud. Au zénith, Maître Râ ne fait pas relâche, même nos petites ombres projetées sur le sol semblent se cacher sous nos pieds pour trouver un peu de fraîcheur…

…En continuant la piste surchauffée, nous parvenons à un site archéologique nommé : les ruines de Panissars. S’y trouvent principalement des ruines romaines et des vestiges médiévaux. Le tout est posé sur une petite butte où l'on accède par un escalier en pierre. Allons faire quelques pas en ce lieu. Parvenus parmi les pierres brûlantes, nous sommes de fait à la frontière, symbolisée encore une fois par une immense borne. Coté espagnol, nous découvrons le paysage sous un soleil de feu : la campagne desséchée, l'autoroute venant de France et la mer un peu plus loin. Les explications nous permettent d'en savoir un peu plus sur le trophée de Pompée et la via Domitia, mais bon, il fait très chaud rappelons-le encore une fois, moi, je me cherche un abri sinon, je fonds.

A deux centaines de mètres, quelques petits chênes lièges fournissent une ombre tout à fait acceptable pour notre pause repas, il est environ 13 h 00. Nous sommes à proximité du très ancien petit cimetière militaire de Panissars…

…Nous passons au pied de Fort de Bellegarde, construit en 1679 sur les plans du célèbre Vauban déjà nommé, et poursuivons en descente notre chemin vers le fond de la vallée…

…La route du centre ville se révèle moins encombrée que je ne le pensais. Au point le plus bas de la ville, nous bifurquons à droite vers le col d'Ouillat. A partir de maintenant et pour un bon bout, nous mangerons du goudron. Pas d'autre choix possible, malheureusement. Nous passons sous l'autoroute et prenons notre rythme. Les gourdes d'eau sont bien entamées, il fait très soif et si nous ne trouvons pas de quoi les remplir, nous risquons d'avoir des difficultés….

…Le GR quitte enfin la petite route surchauffée, cuite et par endroit fondue par le cuisant soleil. L'agréable chemin nous mène, à travers prés et murets de pierres sèches, au petit hameau de Saint-Martin-d'Albère à 631 m. Un lieu planté de magnifiques platanes qui règnent en maître des lieux et où quelques maisons s'unissent autour d'une bien belle chapelle. Dernière pause fruits secs et amandes, avant l'ultime montée, là bas dans la montagne…

…Dénivelé : 305 m, distance : 3 kilomètres, temps très approximatif : 1 h 30. Eh bien, allons-y ! Zéro kilomètre deux cent cinquante mètres de goudron plus tard, nous retrouvons le GR qui s'aventure dans les raccourcis des longs lacets de la route. Un groupe en descend et nous souhaite bon courage pour notre montée, qui visiblement n'est pas de tout repos, chuuuuut !...

…A l'altitude de 800 m, le chemin bifurque vers le nord, mais à notre grande satisfaction, il suit quasiment ou presque la courbe de niveau. Nous pénétrons dans une hêtraie bien fournie en l'espèce puis parvenons à un bâtiment en bois clos par une barrière…

…Nous avons de quoi nous loger pour la nuit, certes, ce n'est pas plus grand qu'un mouchoir de poche, mais suffisant pour se mouvoir en déplaçant les sacs au bon moment.

Ce gîte d'étape est situé dans un cadre au paysage somptueux, je peux le dire. En montant notre dernier dénivelé, je vous avais annoncé notre émerveillement face au paysage qui se découvrait, mais là en haut, c'est tout bonnement féerique :

- Au loin, devant nous, le massif du Canigou se pose en seigneur bien que distant de quelques jours de marche. Sur la gauche, Los Pirineos, pourtant encore très aigues, semblent se fondre dans l'horizon se laissant dominer par une montagne ressemblant au mont Cervin. La frontière quant à elle, est à quelques pas dans les pâturages qui sont devant nous.




L'ensemble du site, textes et photos, sont la propriété de © Gérard Filoche