60 - Col de l'Ouillat, 936 m - Banyuls, 0 m
Accueil Album photo Expos Mon livre Contact Livre d'or Liens Revue de presse Népal
Hendaye - Banyuls, la grande traversée, par Gérard Filoche.
4e partie : Mérens - Banyuls
60 - Col de l'Ouillat, 936 m - Banyuls, 0 m    
Extraits du livre.

Dénivelé 550 m. Dénivelé - 1506 m. 17 km

L'ultime, la der des der, le bouquet final.

Banyuls ...Voilà, en ce énième jour nouveau, notre périple touche à sa fin. Cette ultime journée est particulièrement émouvante, car nous parvenons à notre but : Banyuls et la mer Méditerranée. Nous avons au moins 8 h de marche pour nous y préparer. Allons, respirons un grand coup ! Il est 8 h 30 lorsque nous entamons notre étape du jour. Le petit panneau jaune du GR 10 indiquant Banyuls est encore plus pessimiste, verdict : 8 h 30. Au point où nous en sommes, une heure de plus ou de moins...le principal est d'arriver…

…Sur le tracé d'aujourd'hui, pas mal de montagnes russes avec entre autre, le passage au pic Neulos à 1256 m, une descente, puis le pic des Quatre Termes à 1156 m, nouvelle descente, le pic de Sailfort à 981 m et la longue descente de 3 h 30 vers la mer.

La montée a laissé quelques traces, mais nous sommes maintenant sur les pâturages du plateau. Les arbres disparaissent pour laisser la place à un panorama inimaginable. Oui, encore un, vous dites vous, cher lecteur, en dodinant la tête, si si, je le vois bien que vous êtes sceptique. Allez, je m'explique pour vous laisser imaginer comme si vous y étiez :

Le sol est tapissé de cette herbe rase sur une terre brune et souple qui assouplit notre marche ; le chemin, petit filet large comme un bolduc s'étire vers le sommet de la crête caractérisé par une grande, très grande antenne de télécommunication. Sur notre droite, une simple clôture de frêles piquets de bois et de discrets barbelés matérialise la frontière. Plus nous montons, plus le paysage se découvre, et alors là, chapeau bas Dame Nature !

C'est simple, sur la droite, côté espagnol, le soleil qui se cache à peine derrière quelques nuages gris, offre un éclairage de toute beauté : ses rayons transpercent la masse nuageuse et dans un éventail gigantesque illumine une côte où la mer brille de mille feux. Le contre jour ainsi réalisé fait ressortir un relief brumeux. Du grand Art avec un grand A.

Le versant français n'est pas en reste. Sur votre gauche donc, le Roussillon se révèle dans toute sa splendeur. A perte de vue, des forêts, des routes étroites, des vignobles, et des petits villages qui ressemblent à des miniatures. Nous avons l'impression de survoler ce vaste espace, d’avion…

…Au loin, le chemin se devine dans le futur col ou pic à venir. Il ne passe pas franchement au sommet, mais le contourne par la forêt du moins en partie. La caillasse a vite fait de prendre le dessus et cela est plus pénible que nous pouvions le penser. Il fait bien chaud maintenant, et l'heure tournant au fil du temps, l'arrêt pour un solide encas arrive à grands pas. Mais, nous ne trouvons pas vraiment d'abri à l'ombre, ni même d'endroits suffisamment agréables pour le moment. Alors, redescendons illico presto ce pic des quatre Termes atteint juste après le col de l'Estaque. A la lisière des arbres, nous nous découvrons un bel abri à couvert, au frais, c'est un bien grand mot, mais à l'ombre, ce qui est important…

…En ce jour exceptionnel pour au moins deux raisons, j'ai envie de marcher seul pendant quelque temps, non que la présence de mes compagnons me gène, mais j’ai un besoin de penser, réfléchir, ou simplement de laisser mon esprit vagabonder. Je laisse mes amis terminer tranquillement leurs fruits, et après un : " rendez- vous à Banyuls "..., je pars. Oh, je sais pertinemment que dans quelques dizaines de minutes, ils m'auront rejoint, d'ailleurs je ne souhaite pas du tout terminer le parcours sans eux.

Un merveilleux espace de verdure s'ouvre devant moi, la mer étincelle de mille feux, un léger vent souffle, j'entends même les oiseaux piailler, c'est dire le bonheur d'être là. Je marche tranquillement, respire, profite de cette nature Pyrénéenne si généreuse. Merci.

Le pic de Sailfort à 981 m d'altitude est le dernier obstacle de notre périple. Une fois atteint, il ne reste plus qu'à se laisser glisser jusqu'à la ville, en 3 h 30, tout de même. Dernier col, derniers efforts de montée, derniers regards " d'en haut ".

En me retournant, j'aperçois mes amis sur le chemin, quelques centaines de mètres derrière, je les attendrai avant la plongée finale. Juste avant le pic, le sentier parvient sur un petit promontoire, et là, surprise, en contrebas, là bas, au loin, Banyuls, notre but ! Impressionnant, de voir le bout du bout. Je distingue le parcours qu'il reste à accomplir, trois fois rien au regard de ce qui a été réalisé depuis Hendaye. Les yeux embués par une réelle émotion, je décide d'attendre là mes amis pour que nous profitions ensemble de ce point de vue et cet instant unique…

…Dans la foulée du dénivelé négatif, nous avons le col des Gascons à franchir. Ce n'est juste qu'un passage nous faisant franchir l'ultime verrou vers la mer. Les vignobles de ce vin si réputé qui font la joie des gourmets et des habitants de Banyuls, font leur apparition au creux des vallons ensoleillés. Faisant partie d'un des plus petits vignobles de France, les vignes sont sur des coteaux à forte déclivité pourvus de terrasse parcourues par des murets en schiste. Du bien bel ouvrage.

Nous passons au pied de la tour Madeloc, site très apprécié et visité dans la région, car jouissant d'un point de vue extraordinaire. A proximité du col proprement dit…

…Au petit col, la pause est bien méritée, nous pouvons pratiquement terminer tout ce qui ce mange, grignote, se déguste ou se boit. Dans 1 h 15, nous serons à Banyuls. La ville est sous nos pieds, nous pouvons aisément distinguer, sa baie, ses maisons, sa plage, non pas tout à fait encore, mais elle est derrière, juste derrière.

Le GR s'engage dans des raccourcis sinueux qui évitent la route, les chênes lièges sont toujours présents. Nous profitons de la généreuse fontaine des Chasseurs pour remplir nos gourdes d'eau très fraîche. Le chemin dévale résolument le terrain qui suit l'éperon et nous parvenons près des premières maisons. Une superbe table d'orientation posée là par le syndicat d'initiative aiguise notre soif de toucher au but. Voyons voir de plus près, la plage, le sable, la mer, c'est par là !...

…A proximité de la plage, j'aperçois notre hébergement de ce soir, c'est déjà ça. La fête bat son plein, non, pas pour nous quand même, fallait pas...Non, je crois que je rêve un peu, mais sur cette place, la musique et les danses Catalanes apportent, s’il en était besoin, de la chaleur à l'endroit.

Nous traversons la rue, passons entre les baraques de souvenirs et autres gaufres, crêpes, et... prenons pied, non pas sur le sable, mais sur les nombreux petits galets sombres de la plage. Il est 17 h.

Voilà, nous sommes parvenus et touchons notre but. Quelle superbe émotion, n'est ce pas. Ce n'est rien à côté de ce qui se passe journellement sur notre planète agitée, mais il faut bien relativiser et ramener ces instants à leurs juste valeur : les nôtres.

Avant de regagner notre hôtel, une dernière photo devant la mairie où est apposée une plaque en céramique symbolisant le GR…

…Comme le dîner est à notre convenance et donc non réservé, nous sortons vers 18 h 30, car c'est toujours la fête sur la grand' place. Les danseurs forment un magnifique cercle d'une cinquantaine de personnes, et en se tenant par la main exécutent une Sardane remplie de douceur. Personnellement, c'est la première fois que j'assiste à cette danse, comme cela en plein air. Le cercle grandit sans cesse, mais il faut être un danseur parfait pour ne pas rompre le mouvement.

La brasserie toute proche nous accueille, sous des parasols, en pleine ville, le bonheur, la mer, la fête, la joie.

En guise d'apéritif, une fois n'est pas coutume, nous goûtons au Banyuls, proposé dans une énorme bouteille posée à même la table, mais à boire avec modération et entres amis. Tchin, tchin, à votre santé, à notre beau périple...Et à vous qui avez parcouru toutes ces lignes.

Sur ces esprits festifs, il est grand temps de se coucher, même si nous n'avons pas vraiment envie de dormir, surtout que le feu d'artifice éclaire le ciel, encore pour nous ?, là vous avez fait fort...

Sur les coups de 1 heure du matin, ce sera au tour du ciel de nous gratifier d'un superbe orage qui nous obligera à fermer provisoirement les fenêtres.

Quelle belle journée et une superbe aventure qui restera gravée à jamais !...




L'ensemble du site, textes et photos, sont la propriété de © Gérard Filoche