48 - Les Bouillouses, 2020 m - Planès, 1535 m
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Hendaye - Banyuls, la grande traversée, par Gérard Filoche.
4e partie : Mérens - Banyuls
48 - Les Bouillouses, 2020 m - Planès, 1535 m
Extraits du livre.

Dénivelé + 28 m. Dénivelé – 513 m. 18 km.

Que la montagne est belle...

Lac ...Une fois n'est pas coutume dit-on, aujourd'hui sera un parcours uniquement en descente. Oh, pas grand chose, 513 m, mais avec la découverte des étangs au sud des Bouillouses, la traversée de la forêt de Bolquère et le superbe grand plateau du Capcir, le col de la Perche, la ligne du train jaune et l'arrivée à Planès. Facile plus plus....

Sans connaître les lieux, j'ai l'impression que les six prochaines heures seront très appréciées de tous, me trompé-je ? Sur la carte, j'ai repéré les trois lacs juste après notre départ. Nous quitterons le GR pour suivre la HRP quelque temps, juste une boucle. D'ailleurs, je trouve curieux et dommage qu'ils soient évités par le balisage rouge et blanc.

Le soleil nous sourit malicieusement et semble vouloir nous accompagner de bonne grâce. Les 7° au thermomètre ne vont pas nous effrayer, au contraire, même si les premiers hectomètres sur la petite route, donnent une curieuse chair de poule, brrr ! Il faut s'échauffer rapidement. Comme prévu, très vite nous quittons notre GR 10 pour entrer dans une très belle forêt de sapins illuminée par un éclairage naturel de toute beauté…

…Le premier lac du trio aquatique, l'Estany del Reco, est une mise en bouche des plus goûteuses. Il est blotti dans un petit recoin de forêt et timidement, semble appeler les regards des randonneurs passant sur son rivage verdoyant. Les grands frères qui lui succèdent, stupéfient les humbles passants qui ont eu l'audace de venir les admirer de si près. Hier, si les lacs d'altitudes s’étalaient dans un espace dégagé, là, ils sont enchâssés dans un environnement de rochers et de sapins. L'Estany Llarg, c'est son nom, est d'une incroyable beauté. Rarement, au cours de cette traversée, un tel sentiment de générosité de la nature fut ressenti. La lumière de ce matin, magique, transcende les rivages couverts de fleurs et de roseaux. Les rochers alliant délicatement le gris et le rose semblent respirer paisiblement au rythme des petites ondulations de l'eau d'une transparence insondable. Le chemin se faufile discrètement entre les racines des arbres dans une terre riche d'un humus généreux.

Vers Planès Une petite descente nous accompagne jusqu'à l'Estany Negre que nous apercevons au loin. Il s'offre à nous comme une symphonie de couleurs en pleine représentation. Le souffle coupé par une nouvelle explosion d'émotions, nous nous arrêtons pour laisser le coeur reprendre pied. Un espace type " nordique " par sa pureté et son calme absolu. Les longues herbes aux reflets argentés qui flottent en surface étincellent de mille feux, le long du rivage herbeux les arbres contemplent leurs reflets dans l'onde claire. C'est à peine croyable, tant de richesse visuelle en quelques minutes. Les tendres clapotis tels de discrets violons se mêlent aux chants des oiseaux légers comme des flûtes traversières, soutenues par un léger vent style hautbois, pour cette symphonie de l'orchestre " Nature " avec un grand N.

L'apothéose arrive à l'orée de l'Estany de Pradella par une embellie finale. Avec en toile de fond le massif du Carlit, le bleu du lac éclate ses eaux sur des rivages tapissés de rhododendrons rouges en pleine floraison, de genêts d'un jaune éclatants, de myosotis d'un bleu pastel et de pins à crochets. Un vrai chef d'oeuvre...

Complètement sonnés par ces minutes passées, les cheveux décoiffés par tant de notes, les yeux embués d'émotion par cette symphonie, les jambes à peine décidées à poursuivre le chemin, les appareils photos retrouvant un calme après l'euphorie, nous rattrapons et reprenons notre GR. La boucle est bouclée, mais quelle balade, inoubliable. Maintenant, une longue traversée dans la forêt de Bolquère nous attend. Une bien agréable descente sur un magnifique chemin…

…Voilà 4 bonnes heures que nous marchons. L'heure du repas a sonné. Justement, avant d'arriver au village de Bolquère, dans une petite clairière en mi-ombre mi-lumière, une belle table et ses bancs n'attendent que nous pour se rendre utiles. Pour le café, je crois bien que dans ce village, nous trouverons pour une fois notre bonheur…

…L'église du village sonne 15 h, ce n'est pas le tout de discuter, il nous faut terminer notre parcours du jour et il reste deux petites heures et plein de surprises...

…Nous poursuivons par la petite route qui va croiser la ligne SNCF du train jaune. Justement, voilà un convoi qui passe en sifflant obligatoirement à chaque route traversée. Des wagons à plate forme, les passagers agitent les bras en signes amicaux auxquels nous répondons avec force et vigueur. Nous traversons rapidement la N116 au col de la Perche à 1579 m, ligne de partage entre les bassins de la Têt en France et du Segré et de l'Erbre en Espagne…

…Alors que jusqu'à présent, nous descendions sud est, le sentier change brusquement de direction pour partir plein est. Pas grand chose vous dites vous un peu goguenard. Il est vrai cependant que nous avons l'incroyable chance de parcourir ces hauts plateaux du Capcir dans leurs longueurs, sur une ancienne voie romaine. La lumière du jour y est particulièrement limpide et c'est encore une grande émotion qui nous prend à la gorge. Sur notre droite, la montagne offre une vue sur ce qui ressemble à un col tant la courbe incurvée est élégante. Il est en point de mire depuis un bon moment. En fait, en le situant sur la carte, je constate que c'est sans doute notre impressionnant col Mitja à franchir demain, mais, Chut ! N'en disons mot...

…Voilà enfin notre hébergement d'un soir. La pendule aux aiguilles fatiguées marque 17 h 15. Belle, très belle journée, une de plus. Notre hôte nous attendait, et nous indique nos chambres, très confortables. Comme souvent, l’hébergement est très douillet et convivial. Avant le repas de 19 h, nous avons tout juste le temps de décompresser, de se doucher et de préparer nos sacs pour les deux jours suivants, car demain soir, c'est un refuge..

…J'étudie le parcours de demain, avec son fameux col Mitja, qui semble un épouvantail et notre point de chute sera le refuge de la Carança à l'extrémité des gorges éponymes.




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