21 - Barèges, 1240 m – Orédon, 1852 m
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Hendaye - Banyuls, la grande traversée, par Gérard Filoche.
2e partie : Gabas - Les Granges d'Astau
21 - Barèges, 1240 m – Orédon, 1852 m
Extraits du livre.

Dénivelé + 1269 m. Dénivelé – 653 m. 24 km

Lac d'Aubert ...En ce grand jour, réveil dès potron-minet (encore un), à 5 h 45, l'aube commence à poindre sur les montagnes de Bigorre. Les sacs sont sortis du dortoir. Surtout ne rien oublier, ni le linge qui a séché, ni le drap de nuit, ni de plier les couvertures. A 6 h 15, le petit déjeuner est vite préparé. Par chance, le boulanger vient à l'instant de livrer le pain ; tout frais, (pas le boulanger). Nous n'oublions pas les pique-niques dans le frigo, l'eau fraîche dans les gourdes et les poches à eau dans le sac. Il est 7 h lorsque nous quittons l'Hospitalet. Peu de choix s’offrent vraiment à nous pour rejoindre le Pont de la Gaubie, au fond de la vallée à 5 km. La route du col du Tourmalet empruntée hier, nous servira de fil conducteur. C'est ingrat, mais peut être une bonne mise en jambe. A 8 h 15, nous arrivons à la bifurcation de la route et du GR. Le torrent du Pont susnommé dévale directement du lac Dest Coubous situé au-dessus du vallon et que l'on aperçoit…

…Le parcours du col de Madamète est peut être plus difficile, par sa longueur. Mais il faut faire un choix. Et faire un choix, c'est renoncer à quelque chose...J'ai une nette préférence pour cette dernière option, que j'ai déjà parcourue, alors que je ne connais pas l'autre chemin. C'est du parti pris sans doute, mais j’ai beaucoup de souvenirs accrochés à ce versant. C'est une vallée superbe, assez mystérieuse avec ses torrents que les éboulis engloutissent et qui réapparaissent en une rivière calme et tranquille bordée de pelouse, de trolles jaunes et de rhododendrons colorés de rouge. Après la bifurcation à 1750 m, nous entamons la lente montée vers le plateau d'Aygues Cluses qui signifie « eaux enfermées souterraines ». Sa cabane située à 2150 m au bord du lac de Couey-la-Gran est un lieu de bivouac pour les randonneurs avec couchage…

…Une halte s'impose sur une magnifique pelouse. Qu’il fait bon être là. Deux personnes arrivent alors que nous nous apprêtons à repartir. Visiblement un guide local et un client à l'accent Anglo-Saxon. Après les salutations réciproques d'usage, ils poursuivent leur chemin à une allure bien plus soutenue que la nôtre. Un peu plus haut sur le chemin, nous retrouvons « notre guide ». Pour eux, c'est l'heure de la pause, de courte durée. Ils s'apprêtent à repartir lorsque nous arrivons à leur hauteur. Après quelques civilités amicales, du genre :

Nous : - Passez devant nous, vous marchez plus vite.
Eux : - Allez- y, de toute façon, nous vous redoublerons.
Nous : - Nous avons bien le temps, nous profitons de l'instant.
Eux : - Vous avez raison, ce n'est pas une course.
Nous : - Bonne journée.
Eux, au loin : - Vous aussi.

C'est dire s'ils allaient vite...

Lac Estagnol …Le GR entame la véritable montée vers le col. Nous cheminons péniblement dans de gros éboulis. Au sol, la neige de l’hiver persiste et forme de très grosses plaques qui enchâssent les rochers. Attention où l'on pose les pieds. Le lac Anonyme qui se présente est en grande partie encore glacé. Dans cet environnement très enneigé de haute montagne, c'est absolument fantastique. Le soleil perce par moments les nuages et vient apporter sa partition de couleurs aux touches noires et blanches du clavier enchanteur de ce début d'été. Ah !, Wolfgang, tu aurais sans doute composé un merveilleux concerto pour piano de plus, si tu avais connu cet endroit… Nous repartons pour le col tout proche ou presque. Toujours des éboulis très enneigés, mais la pente se radoucit et à 2509 m, le col de Madamète est atteint. Il est pratiquement 14 h. Comme nos estomacs sont un peu en manque, nous allons nous restaurer à notre tour. Mais plutôt que de rester en plein vent, je propose de descendre un peu vers la jolie pièce d'eau que l'on peut voir d'ici. Le Gourg de Rabas (ou de Madamète) est un petit étang naturel… Notre bref repas terminé, le chemin reprend. Le passage au bord du gourg avec ses éboulis instables que j'avais promis est bien là. Pas très périlleux, mais demandant un minimum d'attention. Certains rochers gros ou petits, posés là comme des cartes dans un château du même nom, ont des points d'appui avec pivots à l’équilibre incertain L'eau étant toute proche, prudence donc…

…Dans cette région, c'est l'univers des pins à crochets. Le terme crochet vient de la forme recourbée de l'extrémité de ses pommes. Ils croissent dans la réserve du Néouvielle jusqu'à des altitudes inhabituelles : 2500 m, subissent les assauts de la neige, du vent et des hivers rigoureux, mais survivent avec beaucoup de ténacité. Nombreux restent déformés en formes singulières, courbés, pliés sous les assauts des éléments ou meurent, laissant leurs charpentes centenaires parmi les jeunes pousses, tels des vaisseaux d'altitude échoués à tout jamais… Vers 2300 m, après un brusque changement de direction vers le S.O, un panorama merveilleux s'offre à nos regards. Il englobe la majeure partie de la réserve… Nous arrivons au lac d'Aumar. La pelouse et les rhododendrons proposent un cliché très pastoral… Le chemin se poursuit jusqu'aux Laquettes. Elles sont là toujours aussi belles, entourées de rochers, roseaux, d'arbres, d'îlots, tantôt calmes et sereines, tantôt tourmentées par les vents. Leurs eaux sont vertes, moirées de multiples teintes pastels et d'une transparence aussi pure que du cristal… Au détour du déversoir de la deuxième laquette, le chemin plonge vers le lac d'Orédon à 1850 m…

…Nous sommes " presque " arrivés. Alors que je suis quelques mètres devant Francine dans cette descente finale, sans doute la faute à " pas de chance " et un peu de fatigue, me voici le nez dans la poussière. Une gamelle monumentale, quoi ! Un roulé-boulé digne d'un atterrissage de para dans les années 60 (du siècle dernier) Les bâtons n'ont pas le temps de réagir, pas plus aidés par les bras et mains, faisant dans ces moments là des moulinets bien inutiles pour rattraper un corps qui a déjà perdu son centre de gravité. Merci Newton !

Monsieur Christophe Carrère nous accueille chaleureusement et nous conduit à notre chambre. Quel beau point de vue sur le lac d'Orédon et le vallon d'Estaragne. Le refuge hôtel est toujours aussi convivial et sympathique, tout le mérite en revenant à nos hôtes…

…Après cette journée bien chargée, une nuit réparatrice s’impose. Seul l’orage et la pluie la rendront un peu moins sereine que prévu.




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