33 - Fos, 544 m - Le refuge d'Araing, 1950 m
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Hendaye - Banyuls, la grande traversée, par Gérard Filoche.
3e partie : Les Granges d'Astau - Mérens
33 - Fos, 544 m - Le refuge d'Araing, 1950 m
Extraits du livre.

Dénivelé + 1632 m. Dénivelé – 226 m. 16 km

Araing ...Il est 6 h. Debout tout le monde, la journée sera belle ! Les sacs sont quasiment prêts, reste à le fournir en pain et ranger les brosses à dents en retenant la porte qui grince à fendre l'âme. Mais d'abord le petit dèj…Je suis le premier dans la salle, j'allume la lumière en un clic caractéristique, la grande table est vide, mais tout est prêt ou presque. Je prépare le café, mets de l'eau à chauffer pour le thé, le chocolat pour Michel est là, jusque là tout va bien. Mais le pain n'est pas le pain frais promis, il faudra se contenter de celui d'hier, bof ce n'est pas bien grave…

…Ce soir, nous aurons le bonheur de dormir en altitude, et pas de descente interminable, que demander de plus. Un resserrage de lacets et de sacs plus tard, nous sommes prêts à affronter notre journée. Nous avons gagné 436 m d'altitude, c'est peu, mais c'est toujours cela de pris sur la totalité. Le chemin s'engage gentiment. Vu son profil, cela risque d'être bref. A la sortie du village, le chemin traverse une petite propriété sortie tout droit de l'arche de Noé. Il y a là pratiquement toutes les espèces animales d'une ferme. Et ça piaille, caquette, roucoule, miaule, aboie, hennit, grogne, siffle, zinzinule, cocoricotte, si, si, enfin bref, une vraie, mais superbe cacophonie.

Aujourd'hui, je crois toutes les conditions réunies pour une journée mémorable, un " arcobaleno " (arc en ciel italien, j'aime bien ce mot) de bonheur. La pente comme prévue augmente insidieusement, nous entrons dans la forêt. Bientôt, le silence règne tant le pourcentage nous oblige à un effort soutenu. Brusquement un Patou débouche devant nous. Comme toujours, ces animaux d'une corpulence impressionnante semblent nonchalants, mais méfiance. Mes amis ont retenu ma leçon. Gérard s'arrête et le laisse passer, arrivé à ma hauteur, nos regards se croisent mais contrairement à mon habitude, je me garde bien d'approcher ma main pour une caresse affectueuse. Son regard n'avait pas toute la complicité requise…

…Cette fois, plus question de rires ni de plaisanteries, il faut se concentrer sur cette respiration et les pas qui l'accompagnent dans cette montée très raide. Une pause en-cas sera bienvenue dans cet univers d'efforts. Le temps de remettre un peu de combustible dans la machine et c'est reparti. La forêt cède le pas, elle s'éclaircit, le soleil brille de mille feux dans ce ciel d'azur. Nous allons arriver au plateau marécageux à 1868 m, un replat bien à propos avant le col. A cet endroit, une ancienne mine de blende (minerai composé entre autre de sulfure de zinc) semble faire couler son sang dans les ruisseaux alentours. L'eau y est transparente mais leurs lits sont d'un orange soutenu, c'est magnifique. Ajoutez à cela des petites cascatelles, des œillets et de la bruyère sur les bords et vous avez tous les ingrédients pour un instant de rêve. Sur ce plateau marécageux, l'aspect général qui en ressort est la palette des couleurs, elle est saisissante. Les herbes dénotent des tons pastel, jaune paille, orangé, voire rouges par endroits. Ajoutez à cela ce ciel d'un bleu pétant persillé de tendres nuages ; une lumière céleste. Dans cet espace sublime, au fond du petit cirque, tout près d'une source se niche la cabane d'Uls, un endroit de plus pour une halte nocturne…

Araing …Michel, dans cet espace d'une beauté incroyable, craque. Lui l'homme des grands chemins ne résiste pas à ces instants. La sensibilité à fleur de peau l'oblige à essuyer ses yeux embués d'émotion… Séquence passion.

Il nous faut repartir, malgré tout. Le col du pas du Bouc est encore à 1 h 30. Si le site de la cabane d'Uls est gravé dans nos mémoires, le sentier menant à ce col l'est tout autant. Une très large vallée composée de pâturages et d'une végétation identique au plateau marécageux, un chemin qui musarde, et en contrebas, une bergerie est là pour nous rappeler que des hommes travaillent difficilement en ces lieux. Ont-ils le loisir de contempler et d'apprécier cet environnement ? Personnellement, je pense qu'ils ont conscience des bienfaits de cet univers fragile entre leurs mains et qu'ils le protègent avec ferveur.

Le temps passe très lentement, nous dégustons ces instants inoubliables.

Devant nous en ce moment, le clou du spectacle. Je le fais découvrir à mes amis et leur fais partager mon émotion de revoir le maître de cette chaîne massif pyrénéenne : le pic d'Aneto, ses 3404 m, accompagné de ses glaciers (pour combien de temps) dans le massif de la Maladetta. Nous sommes vraiment bien peu de choses…

…Le refuge de l'étang d'Araing n'est plus très loin maintenant. Nous l'apercevons au loin en bas de la pente. Le site est comme souvent, un cirque glaciaire avec son étang dominé par les falaises, les pâturages, les éboulis et les montagnes. Le refuge est récent et très accueillant. Nous profitons de la terrasse pour décompresser et apprécier une boisson…chaude, pas de bière, non, non mais un excellent chocolat, cela réconforte.

Le repas est à 19 h 30, comme de coutume dans un refuge, nous laissons nos sacs dans la pièce prévue à cet effet et ne prenons que le nécessaire…

…Allez, bonne nuit quand même et n'oubliez pas la règle numéro 1 : s'endormir avant le ou les ronfleurs !




L'ensemble du site, textes et photos, sont la propriété de © Gérard Filoche